Portrait psychologique de l’élite urbaine mondiale qui aime les Grands Vins

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Depuis 20 ans à parcourir le monde à la rencontre de cette élite urbaine mondiale qui achète les grands vins et qui aime le luxe, je me disais qu’il était temps d’en faire le portrait psychologique.

Il faut d’abord comprendre qui est vraiment cet homme (ou cette femme). Non pas ce qu’il possède, ni où il vit, ni même combien il gagne. Ce portrait-là est trop connu, trop évident trop simple. Ce qu’il faut comprendre, c’est ce qui se passe à l’intérieur. Et ce qui se passe à l’intérieur est, pour tout observateur averti des ressorts de la psychologie humaine, d’une profonde complexité.

Appelons-le ce qu’il est : un individu d’exception qui a consacré les vingt ou trente premières années de sa vie adulte à une forme d’optimisation totale. Optimisation de la carrière, de la performance, des revenus, du réseau, du corps, de l’image. Il est avocat d’affaires à Singapour, cofondateur d’une scale-up à Londres, directrice financière d’un fonds souverain à Abu Dhabi, architecte reconnu à São Paulo. Il a atteint ce que la société désigne comme le sommet. Et c’est précisément là, au sommet, qu’il a rencontré quelque chose pour lequel il n’était pas préparé : le vertige du vide.

Ce qui rend ce portrait psychologique particulièrement délicat à esquisser, c’est que cet individu n’en parle pas. La culture de performance dans laquelle il baigne depuis longtemps lui interdit l’aveu de la vacuité. Admettre que l’on s’ennuie dans sa villa à Mykonos, que l’on se sent seul après son troisième dîner d’affaires de la semaine à Tokyo, que la cave à vin à six chiffres ne procure plus d’émerveillement, c’est une capitulation. C’est, dans le code implicite de sa tribu, une forme de faiblesse inadmissible.

Alors que peut lui apporter le grand vin? Une expérience qui exige une présence totale. Le remède à l’anesthésie dont il souffre: le sentiment d’avoir tout vécu sans rien ressentir.

En réalité ce n’est pas la rareté du vin qui séduit cette élite en profondeur, c’est son exigence d’attention totale, sa capacité à forcer la présence dans un monde qui a rendu la distraction permanente. Pour un individu dont le cerveau est conditionné à traiter des tas de signaux simultanément, l’acte de se concentrer entièrement sur un verre — d’y chercher quelque chose, d’y trouver quelque chose, puis de ne plus chercher — constitue une expérience presque thérapeutique. C’est, dans les termes de la psychologie positive, un accès rare et précieux à ce que Martin Seligman nomme « l’engagement » : l’une des cinq dimensions du bien-être authentique, souvent la plus déficiente chez les individus à haute performance.

Car un grand vin ne se consomme pas. Il se pratique. Il réclame de l’attention. Une attention de la même nature que celle que le méditant bouddhiste ou le pratiquant de pleine conscience s’efforce de cultiver. Il engage simultanément la mémoire olfactive, les plus anciennes strates du cerveau limbique, le langage, la géographie, l’histoire, l’imaginaire. Il oblige le corps à ralentir. Il rend le partage obligatoire : on ne débouche pas un Chambolle-Musigny premier cru tout seul, dans le silence d’un bureau. Le vin appelle la table, la table appelle l’autre, l’autre appelle la conversation réelle.

C’est bien là la clé psychologique pour ces personnes. Le grand vin est l’une des rares expériences de luxe qui refuse de se laisser consommer distraitement. Il exige tout, ou ne donne rien. Un Must aujourd’hui pour cette élite urbaine mondiale qui ne manque de rien et a déjà tout, désespérément.

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