Conseiller les Marques les plus admirées dans le Monde. Quel bonheur !

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Il est des palmarès qui font réfléchir autant qu’ils font jubiler. Celui que publie chaque année Drinks International — ce classement souverain des cinquante marques de vins les plus admirées dans le monde — est de ceux-là. À sa lecture, j’éprouve une satisfaction mêlée d’une lucidité sans complaisance. Car si le bonheur de conseiller certains des noms les plus illustres de ce firmament est réel, les enseignements que l’on peut tirer de l’édition 2026 méritent, eux, une attention toute particulière.

Un seul domaine français dans le Top 10. Le constat est sévère, mais il est juste, et il serait vain de s’en défausser sur quelque caprice d’un jury ou quelque biais géographique. La France, avec quatorze représentants au palmarès, demeure une nation viticole de premier rang. Mais figurer au palmarès et figurer dans le Top 10 de la désirabilité mondiale sont deux réalités d’une tout autre nature. L’Espagne, elle, place quatre domaines dans le Top 10. L’Italie, deux. Ce décrochage relatif de nos grands domaines français n’est pas le fruit du hasard ; il est celui d’une histoire intellectuelle, celle d’un rapport à la marque que nos voisins européens ont su appréhender, bien plus tôt que nous (hormis la Champagne), dans toute sa dimension stratégique.

La marque : cet actif que l’on dit intangible, mais dont les effets sont très concrets…Lorsque j’ai fondé VitaBella il y a vingt ans, avec la conviction que le monde du vin d’excellence relevait à part entière de l’univers du luxe et méritait d’être traité comme tel, l’accueil dans les chais français fut, pour le moins, circonspect. L’association du mot « luxe » à celui de « marque » provoquait alors davantage d’interrogations que d’adhésion. Les Italiens, les Espagnols, les Allemands, les Portugais furent, quant à eux, d’une réceptivité remarquable. Le classement 2026 constitue, à cet égard, une forme d’épilogue éloquent.

Car ce que ce palmarès révèle, au-delà des positions individuelles, c’est la victoire d’une vision : celle selon laquelle un domaine ne saurait prospérer sur la seule excellence de son terroir et de son savoir-faire. Il lui faut également construire, dans la durée, une marque dotée d’une désirabilité propre, capable de transcender les frontières, les générations et les tendances.

Ce qui rend cet exercice particulièrement exigeant — et, avouons-le, passionnant — tient à la complexité des architectures de marque que doivent orchestrer ces champions. Il ne s’agit pas, en effet, de gérer une marque unique, mais bien une constellation de marques qui doivent chacune rayonner de leur propre lumière tout en participant à la cohérence d’un ensemble.

Songeons à CVNE, dont l’extraordinaire famille Urrutia administre avec maestria un portefeuille comprenant, outre la marque éponyme, Imperial, Contino, Viña Real et bien d’autres encore. Songeons à Vega Sicilia, dont le prestigieux corpus — Alion, Pintia, Macan, Valbuena, Unico, Oremus, et bientôt Deiva — exige une vision architecturale d’une précision d’orfèvre. Songeons encore à Antinori, maison florentine dont l’histoire pluriséculaire n’a nullement émoussé l’appétit de modernité. Songeons, enfin, à Symington — Graham’s (depuis 1820), Warre’s, Dow’s, Cockburn’s… — dont la huitième place de ce classement constitue un hommage mérité à l’élan d’une nouvelle génération qui a su, avec intelligence et audace, renouveler profondément le discours de marque d’une maison vénérable.

Ces maisons ont en commun d’être familiales. Et c’est là, précisément, ce qui me touche le plus dans ce métier : travailler aux côtés de familles qui comprennent que leur héritage ne saurait suffire à garantir leur avenir, et qui acceptent, avec lucidité et courage, d’engager un vrai travail de fond sur leur marque.

Une mention toute particulière s’impose pour Catena Zapata, une nouvelle fois au sommet de ce classement, et pour Penfolds, l’un des fleurons de la viticulture australienne. Je n’ai jamais eu la chance de les côtoyer — Buenos Aires et Adélaïde sont, il est vrai, quelque peu éloignées de Paris. Mais ce qu’ils ont accompli force l’admiration. Leur trajectoire démontre avec éclat une vérité universelle : si les tactiques changent, les stratégies restent les mêmes d’un côté ou de l’autre de l’hémisphère. Une seule constante demeure, permanente et inaltérable : le « mindset ». Celui de vouloir construire des marques puissantes, à vocation mondiale, dans la perspective de transmettre un patrimoine pérenne à la génération suivante.

En définitive, ce classement me remplit d’une gratitude sincère. Gratitude envers les familles qui nous ont accordé leur confiance au fil des années et dont certaines figurent aujourd’hui parmi les marques les plus admirées du monde. Gratitude, aussi, envers ce métier rare qui oblige à une exigence constante et à une curiosité perpétuellement renouvelée. Car c’est une responsabilité avant tout: celle de rappeler, inlassablement, que la grandeur d’un vin sans la grandeur d’une marque est une promesse à moitié tenue.

Voir le Palmarès 2026 Drinks International

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